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Homélie de la messe du 30 mars à la mémoire de nos défunts

11/04/2023

Le 30 mars 2023 a été célébrée en l’église Saint-Philippe-du-Roule à Paris une messe à la mémoire des défunts dont les obsèques ont été accompagnées ces dernières années par le Service Catholique des Funérailles de Paris et Boulogne-Billancourt.

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean (Jn 8, 51-59)

En ce temps-là, Jésus disait aux Juifs : « Amen, amen, je vous le dis :
si quelqu’un garde ma parole, jamais il ne verra la mort. »
Les Juifs lui dirent : « Maintenant nous savons bien que tu as un démon.
Abraham est mort, les prophètes aussi, et toi, tu dis :
“Si quelqu’un garde ma parole, il ne connaîtra jamais la mort.”
Es-tu donc plus grand que notre père Abraham ?
Il est mort, et les prophètes aussi sont morts.
Pour qui te prends-tu ? » Jésus répondit :
« Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ;
c’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : “Il est notre Dieu”,
alors que vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais
et, si je dis que je ne le connais pas, je serai comme vous, un menteur.
Mais je le connais, et sa parole, je la garde. Abraham votre père a exulté,
sachant qu’il verrait mon Jour.
Il l’a vu, et il s’est réjoui. »
Les Juifs lui dirent alors : « Toi qui n’as pas encore cinquante ans,
tu as vu Abraham ! » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis :
avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. » Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter. Mais Jésus, en se cachant,
sortit du Temple.

Homélie du Père François Potez, curé de la paroisse Saint-Philippe-du-Roule

Les visages de tous ceux que nous avons aimés et qui ont disparu à nos regards nous remontent maintenant à la mémoire.

Peut-être n’ont-ils pas quitté notre mémoire et notre cœur, ces dernières semaines, ces derniers mois. L’immense foule de ceux qui ont passé déjà, à travers l’abîme et qui sont présentés devant le Seigneur.

Quel mystère la mort ! Quel mystère ! Je pense à l’immense foule, bien au-delà de nos familles, l’immense foule de ceux qui n’ont aucune espérance, de ceux qui ne connaissent pas Dieu et de ceux qui ne connaissent pas l’espérance chrétienne et pour qui la mort non seulement est une énigme, mais est un scandale épouvantable.

Notre monde, notre société refuse ce scandale, se révolte contre ce scandale. On cherche à dominer absolument la mort, on cherche à la provoquer. On refuse absolument que la mort puisse nous dépasser et que la mort puisse être plus forte.

Et voilà que Jésus, au fond, c’est l’histoire de toute la Bonne Nouvelle, c’est toute l’histoire de la Bible qui nous annonce que la mort n’est pas fatale, que la mort de ce corps ici-bas n’est rien. La seule mort qu’il faut craindre, c’est la mort de l’âme, la mort définitive.

Jésus a cette parole forte au Temple : « Celui qui garde ma parole ne verra jamais la mort. » Le Christ, nous l’entendions dimanche dernier, pleure devant son ami Lazare. Il est bouleversé par la mort. Dieu n’a pas voulu la mort. La mort est entrée par effraction dans le monde avec le péché, le péché d’orgueil.

L’homme a quitté Dieu ; en quittant Dieu, il a quitté la vie ; en quittant la vie, il est mort. C’est aussi simple que ça. Mais Dieu veut nous redonner la vie. Au-delà de tout. Et Dieu veut nous révéler que sans supprimer la mort (il fallait être Dieu pour inventer un truc pareil), il en fait le chemin de la vie. Vous voulez vivre, alors il faut mourir. Vous voulez vivre vraiment ? Alors il faut mourir avec moi pour vivre avec moi de cette vie nouvelle, de cette vie qui ne connaît plus la mort, de cette vie radicalement nouvelle qui naît du dedans. Celui qui garde ma parole ne connaîtra jamais la mort. Celui qui reste au dedans de moi et en qui je demeure, celui-là donne du fruit. Celui-là est vivant avec moi, par moi, en moi.

C’est étonnant comme les pharisiens, les responsables religieux ont voulu tellement posséder la religion qu’ils en sont venus à être complètement bouchés à la Parole de Dieu. Comment se fait-il qu’il puisse y avoir une telle révolte devant la Parole de Dieu ?

Le Christ se révèle comme la bonté, le visage de la bonté de Dieu, le visage de la douceur, le visage de l’infinie miséricorde de Dieu. Le Christ si doux, le Christ si humble, le Christ si pauvre et fragile, comment se fait-il qu’il suscite une telle réaction de haine et de la haine qui va aujourd’hui jusqu’à ce que les juifs ramassent des pierres pour les lui jeter ? Parce que c’est un blasphémateur, ce qui le conduira jusqu’à la croix. Comment se fait-il qu’un message aussi bon, aussi extraordinaire d’espérance, de chaleur humaine puisse susciter une telle haine ? Peut-être est-ce un peu la haine que suscite le message de l’Eglise aujourd’hui dans beaucoup de milieux qui refusent absolument d’être dépassés.

La Parole de Jésus, continuons à l’écouter : « Avant qu’Abraham fût, moi je suis« . Deux solutions : ou bien c’est un blasphémateur et un fou, un insensé, ou bien sa parole dit quelque chose qui est plus grand que nous, mais qui peut nous faire entrer dans une nouvelle perspective, une perspective radicalement nouvelle. « Avant qu’Abraham fût, moi je suis« . On ne peut pas aller plus loin dans la révélation de la divinité de Jésus. Jésus révèle. Il révèle consciemment, Il révèle délibérément sa divinité. Il sait bien que c’est le nom de Dieu. Il le sait mieux que quiconque. Le nom imprononçable. Le nom impossible. Le nom au-delà de tout nom. « Avant qu’Abraham fût, moi je suis. Si quelqu’un garde ma parole, il ne connaîtra pas la mort« .

Il faut demander la grâce d’accueillir en profondeur cette parole.
Seigneur, cette Parole que Tu nous donnes, ouvre mon cœur pour qu’elle puisse pénétrer en moi. Je n’ai aucune prétention à la comprendre, mais je voudrais la garder pour en vivre. Je n’ai pas besoin de la comprendre pour en vivre. La comprendre, c’est la posséder. Mais c’est cette parole qui me possède. Moi, je ne la posséderai jamais. Mais me laisser emporter par cette Parole, me laisser emporter par Dieu lui-même, alors je me laisserai emporter dans sa Vie.

Bien sûr, je l’entends tellement. La mort quand elle arrache notre cœur, quand elle déchire notre cœur, la mort nous brûle. Et avec cette brûlure, la tentation de la révolte en permanence. En tout cas, très forte. Tais-toi, mon âme. Tais-toi. Écoute. Écoute celui qui est la Parole. Accueille-le. Laisse-toi convertir. Laisse-toi prendre dans cette nouvelle vie que tu ne connais pas mais que tu connaîtras par le dedans si tu y entres, si tu te laisses pénétrer. Seigneur, je voudrais aller avec toi jusqu’à la croix pour découvrir le mystère de cette vie que tu veux nous révéler, le mystère de cette vie plus puissante que la mort.

Si, Jésus supprimait la mort, Il supprimerait notre liberté, Il supprimerait notre dignité, Il supprimerait les conséquences du péché. S’Il supprimait les conséquences du péché, Il nous prendrait pour des marionnettes. Nous ne serions plus responsables. Car le péché, nous en sommes responsables.

Oui, Seigneur, je l’ai fait. Je confesse mon péché et je confesse aussi le péché de ceux que j’aime, le péché que je n’ai pas commis, mais que je prends sur moi parce que je voudrais le porter aussi pour ceux que j’aime. Oui, Seigneur, je l’ai fait. Et je crois, moi, que toi, tu es plus puissant que ce péché. Je crois, moi, que tu me révèles un amour plus grand. Le Seigneur ne regarde jamais le péché. Il ignore le péché. Il ne voit que le pécheur. Il voit la détresse, Il voit la douleur, Il voit la peine du pécheur qui est enfermé dans son péché.

Pour peu que notre cœur s’ouvre, pour peu que notre cœur s’éveille, alors la miséricorde coule à flots. Elle recouvre tout et je suis emporté non seulement dans la consolation, mais dans cette nouvelle perspective. Ma perspective n’est plus dans la tombe. La perspective, elle est au ciel et dans le ciel. Tout est changé, tout est changé !

Nous portons nous autres, un message, une bonne nouvelle dont nous sommes responsables pour notre monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas parce que nous allons chanter des Alléluia ou que nous allons dire « la mort n’est rien », que le monde va nous croire. Au contraire, ils vont nous regarder en disant : « Mais ils sont complètement cinglés ». Non !

Peut-être même, nos larmes nous rendent-elles plus crédibles. Jésus a bien pleuré devant son ami Lazare. Pourquoi est-ce que nous, nous aurions l’interdiction de pleurer devant nos amis, devant ceux qui nous sont chers ? Mais nos larmes ne sont pas des larmes de païens qui ont des larmes qui tombent dans la tombe. Nos larmes sont des larmes d’espérance. Une douleur qui a déjà son fruit. Une douleur qui est déjà en transformation pour devenir une joie, une joie douloureuse, une joie qui demeure douloureuse, mais une joie réelle. La joie de savoir que nous sommes à Lui et que Lui est à nous.

La Vierge Marie, au pied de la croix, pleure. Sa douleur est infinie, elle est impénétrable. Elle nous dépasse tellement. Et la Vierge Marie qui pleure, pleure des larmes d’espérance et de foi. Elle sait que son Sauveur est vivant. Elle découvre là, dans la mort de son fils, la source même de la grâce dont elle a été envahie avant même sa conception. Elle découvre, sans avoir les mots pour le dire, elle n’a pas fait de catéchisme, elle découvre, par la grâce de l’Esprit Saint, la source même qui jaillit en elle. Si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui lui aurais demandé à boire. Il t’aurait donné cette eau vive qui en toi deviendrait comme une source de vie qui jaillit pour la vie éternelle.

Demandons-la à tous, cette eau vive, demandons-la pour ceux qui en manquent plus que nous. Demandons-la pour ceux qui ne la connaissent pas. Si tu savais le don de Dieu, cette eau vive qui en nous deviendrait source jaillissante pour la vie éternelle. Oui, « Avant qu’Abraham fût, moi je suis » dit Seigneur, celui qui garde cette parole, ne connaîtra pas la mort, ne mourra jamais.

Ne soyons pas comme des responsables religieux orgueilleux, bouchés, fermés. Soyons au contraire comme des petits enfants, accueillants. Peut-être que les larmes qui déchirent notre cœur nous ouvrent justement à cette consolation qui devient possible.

Oui, demandons les uns pour les autres cette grâce d’entrer dans la consolation, la seule qui vaille. Celle qui vient de Dieu. Qui retourne à Dieu. Qu’elle nous emporte, cette consolation, dans la gloire ! « Je ne me glorifie pas moi-même », dit Jésus. C’est mon Père qui me glorifie, de la gloire qu’Il m’a donnée, avant même la fondation du monde. Cette gloire, qui nous est promise à nous tous : un jour, je le crois, nous serons tous un seul corps.

Quand, comme dit saint Paul, tout sera récapitulé dans le Christ pour être introduit dans le sein du Père, alors ce ne sera plus seulement la joie, mais la gloire qui éclatera pour l’éternité.

Amen.

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