Se réconcilier avec sa mort

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Peut-on vivre en se détournant de sa propre mort ? peut-on se construire en tant qu'être humain en se détournant de sa fin? L'homme est-il pleinement homme lorsqu'il conçoit sa vie sur terre comme si elle était éternelle? 

Etrangement, il semble que la société dans laquelle nous vivons réponde par l'affirmative à toutes ces questions. Ce phénomène est récent puisqu'il date du milieu du siècle précédent. Après la seconde guerre mondiale, en effet, comme une conséquence de la société de la médecine toute puissante, de la consommation et du divertissement qui s'est alors mise en place, la mort a été délibérèment écartée de la vie sociale. 

Quelles sont les conséquences pour l'homme moderne d'occulter la mort et sa propre mort? Elles sont nombreuses et dramatiques: affaiblissement du respect de la vie et du goût de vivre; perte du sens du mystère de l'existence et de sa transcendance...L'homme sans la conscience de sa finitude se prend inexorablement pour un dieu et donc pour sa propre fin. 

Le rapport à la mort constitue une clé de lecture de la société contemporaine à la fois pertinente et précise. Il explique en grande partie la désespèrance ambiante et le délitement du lien social dans les sociétés occidentales. Il est donc urgent et salutaire d'ouvrir les yeux sur cette question et de nous réconcilier avec la perspective de notre mort. 

Mais pour y parvenir, encore faudrait-il que nous puissions produire un discours audible et cohérent. En effet, que ce soit le jugement dernier, l'enfer ou le paradis, ces mots n'inspirent plus grand-chose à une écrasante majorité de nos contemporains. Ils contribuent même à détourner les masses de la question de la mort plutôt qu'à ouvrir à une salutaire réflexion sur le sens de la vie.

C'est pourquoi il est temps d'éclairer ce qui se passera au moment de notre mort. Car si nul n'en est revenu, il est possible d'ouvrir une voie nouvelle en ce qu'elle contribuerait à faire de la mort ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, à savoir un puissant levier pour choisir sans cesse la vie, la communion et l'ouverture. 

A l'instant précis du décès, notre être spirituel, accédant à la parfaite conscience de soi, sera capable de poser l'acte libre qui déterminera son éternité.

Ce n'est en effet qu'en quittant son corps que l'âme peut se connaître parfaitement. Elle découvre alors ses relations constitutives avec le monde, avec les autres et surtout avec Dieu, son Créateur et Père, son Sauveur qui l'invite à entrer en participation de la vie Trinitaire. 

Quant à la liberté, si elle est la condition de la rencontre avec Dieu, qui est l'Amour même, c'est dans la mort que nous connaîtrons la pleine liberté. Et la façon dont nous exercerons notre pleine liberté au moment de notre mort sera conditionnée par tous les actes de la vie, toutes les orientations intérieures à travers lesquelles nous optons quotidiennement soit vers la communion charité, soit vers l'isolement orgueilleux. La vie est donc en quelque sorte un apprentissage de la mort, une continuelle préparation au choix définitif. 

S'il n'est jamais trop tard pour se convertir, il n'est jamais trop tôt et retarder revient à agir contre l'amour.

Ainsi de mur infranchissable contre lequel les vies se fracassent, vision contemporaine de la mort, la mort peut redevenir ce qu'elle a toujours été dans la pensée humaine: une grande soeur en sagesse et humanité qui nous incite à choisir la vie, le sens, l'ouverture et l'amour.